Une trentaine d’aspirants enseignants ont été sélectionnés sur concours pour être formés à l’École professorale de Paris.

ÉDUCATION Une formation d’«excellence », axée sur « les disciplines », à contre-courant du « pédagogisme ambiant » et des réformes éducatives portées par l’actuelle majorité, à commencer par la réforme du collège. Voici la philosophie de l’École professorale de Paris (EPP), qui ouvrira en octobre. Ambition : former les futurs professeurs de l’enseignement secondaire et des classes préparatoires, à travers un cursus de trois ans, inspiré des écoles normales supérieures (ENS).

L’initiateur du projet, Philippe Nemo, lui-même diplômé de l’ENS Saint-Cloud, a recruté pour cela un corps professoral de haut vol. De Laurent Lafforgue, Médaille Fields, à Chantal Delsol, de l’Institut, en passant par Hubert Aupetit, professeur de classes préparatoires à Louis-le-Grand… Au total, une vingtaine de brillants professeurs réunis autour du projet. Leur point commun ? « Ils en ont gros sur le cœur sur toutes ces questions éducatives », explique Philippe Nemo. Quant à la trentaine de participants, sélectionnés par concours avant l’été et lors d’une seconde session ces 13 et 14 septembre, ils sont issus de khâgnes, essentiellement parisiennes et lyonnaises. Venus de Fénelon-Sainte-Marie ou du lycée du Parc à Lyon, ils feront leur rentrée le 5 octobre, dans le XVIe arrondissement parisien, à Saint-Jean-de-Passy.

Car l’EPP a noué un partenariat avec l’établissement catholique sous contrat. « Il est urgent de repenser la formation des enseignants, martèle François-Xavier Clément, directeur de Saint-Jean-de-Passy. Trop souvent, la formation est axée sur la didactique. Mais un professeur n’est pas un animateur ! Il doit avant tout maîtriser sa discipline. » En tant que « directeur d’un établissement d’excellence », il explique que l’EPP, qui proposera de la formation continue, l’intéresse aussi pour ses propres professeurs. « J’espère que ce projet essaimera au-delà de Saint-Jean », conclut François-Xavier Clément, qui explique fournir là un support logistique, administratif, ainsi qu’un point de rayonnement à la jeune structure. Il se trouve que son établissement héberge également l’Institut libre de formation des maîtres (ILFM), qui forme, lui, des instituteurs se destinant à exercer dans le privé hors contrat. Cet institut a été créé par Anne Coffinier, figure emblématique du hors-contrat. C’est par son intermédiaire que Philippe Nemo et le directeur de Saint-Jean-de-Passy se sont rencontrés.

« Développer le raisonnement »

Non reconnue par l’Éducation nationale, l’EPP délivrera son propre diplôme, dont les promoteurs espèrent qu’il sera un gage supplémentaire de qualité pour les chefs d’établissements sous contrat, hors contrat ou même publics. Elle préparera également ses participants aux concours de professeurs , tout en leur permettant de suivre en parallèle un cursus universitaire. C’est ce qui a séduit Marion Charpenel, venue de khâgnes, du lycée du Parc, à Lyon. Recalée à Normale, inscrite cette année à l’université Paris I en philosophie, elle s’apprête à faire sa rentrée à l’EPP. « Tous les professeurs sont agrégés ou normaliens. C’est un gage de qualité. Le programme ressemble à celui de l’ENS, avec davantage de cours autour de la pédagogie », détaille-t-elle. Autre différence : la scolarité, au lieu d’être rémunérée, est payante, à hauteur de 1 000 euros.

C’est Philippe Nemo qui orchestrera le cours traitant de la pédagogie. Et celui-ci, loin de se limiter aux théories modernes, remontera aux institutions scolaires de l’Antiquité, mais aussi aux grandes congrégations enseignantes et au lycée français de Napoléon. En amont du lancement de l’EPP, un séminaire a été organisé l’an dernier pour inviter des professeurs de renom à imaginer les « programmes idéaux » du collège et du lycée. Le résultat est plutôt éloigné des nouveaux programmes entrés en application dans les collèges. Dans une logique rigoureusement chronologique, les programmes d’histoire, imaginés par le professeur Édouard Husson, débutent en 6e avec le big bang. En français, l’agrégé de lettres Alain Lanavère prévoit lui aussi une progression chronologique, de l’Antiquité en 6e à la Renaissance en 3e. Et pour ceux qui n’iraient pas au-delà de cette classe ? Le professeur avoue ne pas y avoir pensé. Parallèlement, il prévoit le latin pour tous dès la 6e. Et plus globalement, il appelle à des « programmes moins détaillés », « appelant davantage à la réflexion qu’au bachotage » afin de « développer le raisonnement, la logique, les capacités d’abstraction ».

Caroline BEYER

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