“Il faut mettre un terme au gâchis de l’école unique”

NORMALIEN, spécialiste des idées politiques, Philippe Nemo lance l’École professorale de Paris (EPP), qui formera, dans un cadre privé, des professeurs du secondaire. Très critique à l’égard de « l’école unique », il entend bien « user » de la liberté scolaire, inscrite dans la Constitution, pour proposer un modèle alternatif.

LE FIGARO. – Pourquoi avoir choisi de créer une telle structure ?

Philippe NEMO. – La France ne peut se passer d’un enseignement secondaire structuré qui construise méthodiquement les savoirs des adolescents, de la 6e au baccalauréat. Or les tests Pisa démontrent l’effondrement continu du niveau de nos lycées et collèges. Il est grand temps de réagir ! Cela commence par la formation des professeurs. Naturellement, notre modeste initiative privée ne peut prétendre mener, à elle seule, ce renouveau. Mais nous voulons proposer un autre modèle et user de la liberté scolaire qui existe en France pour former quelques nouvelles générations d’excellents professeurs.

Est-il possible de concilier excellence et démocratisation de l’enseignement ?

L’école méritocratique de Jules Ferry avait commencé à le faire. Des enfants venus de tous les milieux sociaux y réussissaient, y acquerraient des diplômes de valeur. Il y avait un véritable ascenseur social. Tout cela a été cassé par l’école unique, qui a renforcé les inégalités sociales. L’école unique ne marche pas ! Si, pour des raisons idéologiques absurdes, on refuse de différencier les élèves en fonction de leur potentiel, il ne reste qu’une solution : ne rien enseigner sérieusement à personne, faire de la simple animation culturelle et de la garderie. C’est ce que l’on fait depuis des décennies dans bien des écoles de France, et que l’on va faire avec la réforme des collèges. Il faut mettre un terme à ce gâchis. Le futur ministre devra s’atteler à cette tâche.

Qu’attendez-vous de ce futur ministre ?

Il devra d’abord permettre qu’au sein de l’Éducation nationale, des établissements dérogatoires puissent pratiquer une sélection claire et honnête, sans carte scolaire, et soient autorisés à revenir aux méthodes traditionnelles de l’enseignement secondaire. Ensuite, il devra permettre aussi que se développe le secteur privé sous contrat et hors contrat, afin de redonner vie au monde éducatif et d’y créer une émulation, profitable à tous. En faisant cela, la France ne fera d’ailleurs que se conformer au pluralisme scolaire qui, sous diverses modalités, existe partout en Europe.

L’EPP est basée à Saint-Jean- de-Passy. Beaucoup parmi vos participants viennent d’établissements catholiques sous contrat. Votre initiative se limite-t-elle à ce monde ?

Non. L’École professorale de Paris n’a pas de caractère confessionnel. Elle est ouverte à tous, même si tous ses fondateurs sont chrétiens. Nous pensons qu’en œuvrant pour le développement optimal de l’intelligence des jeunes et les meilleures performances de la raison, placée par Dieu au centre de la nature humaine, nous travaillons à la fois ad majorem Dei gloriam (« pour la plus grande gloire de Dieu »), comme disent les jésuites, et pour l’intérêt général du pays.

Propos recueillis par Caroline BEYER

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